Les inégalités au travail fondées sur le sexe dans le secteur public québécois

Le système public d’éducation dans lequel nous travaillons n’est pas exempt d’inégalités fondées sur le sexe. C’est ce que l’on comprend de l’étude de l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socioéconomiques), « Inégalités de rémunération entre les hommes et les femmes au Québec : l’impact de la ségrégation professionnelle du secteur public », publiée en février 2019 et menée par François Desrochers, en collaboration avec Eve-Lyne Couturier. L’objectif de cet article n’est pas de résumer l’étude, mais plutôt d’en rapporter quelques aspects qui ont retenu l’attention.

D’abord, il existe différents secteurs du marché de l’emploi, le secteur public au Québec étant composé de 5 sous-secteurs :

  • l’administration québécoise (fonction publique, commissions scolaires et cégeps, institutions de santé et de services sociaux);
  • l’administration municipale;
  • l’administration fédérale au Québec;
  • les entreprises publiques (Hydro-Québec, SAQ, etc.);
  • les universités.

La communauté enseignante du Québec fait partie du premier sous-secteur, soit l’administration québécoise, et c’est celui-là même qui compte les rémunérations les moins élevées de tout le secteur public et celui-là seul qui connait une baisse du niveau de vie depuis 2000 (si l’on calcule vite, notre niveau de vie baisse donc depuis 19 ans maintenant). En considérant qu’il est le sous-secteur ayant le plus haut pourcentage de femmes en son sein (72 %), peut-on croire que ces conditions sont dues au hasard? Pourquoi les personnes travaillant dans l’administration québécoise gagnent-elles moins? Comme il l’est mentionné dans l’étude, « les femmes sont surreprésentées par rapport aux hommes dans l’administration québécoise. Ces professions ayant traditionnellement été dévalorisées par rapport à celles plus typiquement masculines, les salaires liés à ces professions sont plus bas que leur valeur ‘’réelle’’ sur le marché.[1] »

Ici, le problème n’est donc pas lié à une question d’égalité salariale à proprement parler, où « à travail identique, salaire égal », mais bien à une question d’équité salariale, « à travail équivalent, salaire égal ».  Le principe de la loi sur l’équité salariale vise justement à s’assurer que « des personnes qui occupent des postes différents, mais équivalents par les efforts, les responsabilités, les qualifications et les conditions de travail touchent une même rémunération[2] ». Autrement dit, les emplois de l’administration québécoise pourraient être reconsidérés dans une perspective d’équité salariale et ainsi être revalorisés. Alors, pourquoi n’a-t-on pas encore comparé le travail du corps professoral à un autre corps d’emploi afin de s’assurer de l’équité du salaire?

Parce que la loi ne le permet pas. L’équivalence entre deux emplois peut être déterminée si, et seulement si, ces deux emplois font partie du même sous-secteur, selon la Loi sur l’équité salariale mise en place en 1996. À titre d’exemple, un emploi de l’administration québécoise ne peut être comparé à un emploi de l’administration fédérale dans un but d’équité salariale. Ainsi, si un sous-secteur entier est d’emblée victime de dévalorisation, de discrimination, il n’y a pas d’issue légale pour que les emplois de ce sous-secteur soient comparés à des emplois hors secteur afin de gagner leurs lettres de noblesse. C’est une roue qui tourne.

Et pendant ce temps, plutôt que de changer cet aspect de la loi qui nous apparait, dès lors, comme injuste, inéquitable et arbitraire, le gouvernement met en place un projet de loi 10 visant à apporter quelques modifications à la Loi sur l’équité salariale sans jamais reconsidérer cet aspect préoccupant.

Doit-on attendre une volonté du gouvernement pour changer cette loi? Notre centrale syndicale CSQ, composée à 78 % de femmes, faut-il le rappeler, pourrait-elle un jour porter ce combat au front? Plutôt que d’expliquer à ses membres la portée du projet de loi 10, pourrait-elle informer ses membres à quel point ils (ou devrait-on dire elles?) se font avoir avec le fondement même de la loi? C’est un enjeu fondamental de l’égalité femme-homme au Québec. Mentionnons en terminant qu’« un rattrapage salarial du personnel de l’administration québécoise pour porter [ses] rémunération[s] au niveau des entreprises publiques coûterait environ 7,3 milliards $ annuellement à l’État québécois, dont 5,9 milliards $ en salaires, et réduirait de 35 % l’écart général du salaire horaire moyen entre les hommes et les femmes au Québec.[3] »


[1] François Desrochers, avec la collaboration d’Eve-Lyne Couturier, « Inégalités de rémunération entre les hommes et les femmes au Québec : l’impact de la ségrégation professionnelle du secteur public », rapport de recherche, février 2019, p. 33.

[2] Esther Déom et Marie-Pierre Beaumont, « Le Québec : toujours à l’avant-garde en matière d’équité en emploi? », Santé, Société et Solidarité, 7, n° 1, 2008, p. 77.

[3] François Desrochers, avec la collaboration d’Eve-Lyne Couturier, « Inégalités de rémunération entre les hommes et les femmes au Québec : l’impact de la ségrégation professionnelle du secteur public », rapport de recherche, février 2019, p. 3.

Catégories: CCF

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